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Expatriation en Suède

Ce mois-ci on se retrouve en Suède pour un nouveau témoignage d’expatriée ! C’est avec plaisir que j’accueille sur le blog Mathilde de « Lucie aux pays des lutins« .

PRÉSENTATION D’UNE EXPATRIÉE EN SUÈDE

Je m’appelle Mathilde, j’ai bientôt 40 ans et j’ai passé toute ma vie à Paris jusqu’à mon déménagement en Suède. J’habite dans une petite ville qui s’appelle Karlstad et qui se situe au centre de la Suède, dans la région du Värmland. On y parle surtout suédois et les Français qui y habitent sont plutôt rares. Je fréquente donc essentiellement des Suédois ou des personnes venant du monde entier car la Suède est aujourd’hui devenue un pays multiculturel.

A l’origine, je suis docteur en Arts et en Cultural studies. J’ai aussi un master en marketing. En France, j’enseignais le management de l’innovation et j’étais consultante dans différents domaines. Aujourd’hui, je me suis remise à une activité créative (écriture, photo, dessin, peinture, textile) et j’enseigne les arts plastiques à des enfants suédois. Mais je me définis avant tout comme une personne ouverte et curieuse qui cherche à comprendre comment le monde fonctionne.

De cette soif de compréhension est né un blog « Lucie au pays des lutins ». « Lucie »fait référence à la fête de la Sainte Lucie qui a lieu tous les 13 décembre et qui célèbre le retour de la lumière après des semaines de noirceur. C’est l’une de mes fêtes préférées en Suède. Quant aux lutins, ils évoquent l’univers des contes scandinaves peuplés de trolls, de fées et de créatures magiques en tous genres.

Le tout est un clin d’œil à la nouvelle Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll qui me passionnait lorsque j’étais enfant.Je me sens parfois un peu comme Alice qui atterrit dans un monde plein de surprises et d’imprévus. L’objectif de ce blog est de découvrir la Suède sous un autre angle : celui de l’interculturalité.

@lucieaupaysdeslutins

1. Pourquoi avoir choisi la Suède comme pays d’Expatriation ?

Mon mari et moi-même voulions élever notre fille dans un pays progressiste où l’égalité entre les hommes et les femmes est importante et où elle pourrait bénéficier d’une éducation respectueuse de sa personne. Les pays scandinaves nous semblaient particulièrement répondre à nos objectifs. C’est en Suède que nous avons finalement posé nos bagages.

2. Combien de temps y vis-tu et que fais-tu là-bas ?

Je vis depuis trois ans en Suède avec ma famille. Il m’a fallu six mois pour m’installer, deux ans de cours intensifs de suédois pour apprendre correctement la langue et prendre mes marques. Cela fait six mois que je cherche à développer ma propre activité et que je bénéficie du soutien d’un incubateur local. En parallèle, je donne des cours d’art pour enfants et j’ai repris avec bonheur une activité créative que j’avais abandonnée depuis des années.

Je participe également à la création d’une Alliance française à Karlstad avec d’autres francophones et nous avons organisé un festival du film français l’an dernier avec la ville. Enfin, j’ai une vie sociale plutôt intense car la ville est petite et tout le monde se connaît ici (ou presque). Je ne passe pas une seule journée sans boire un café avec quelqu’un ! Bref, je ne m’ennuie pas.

3. Était-ce une évidence pour toi de quitter la France ou l’as-tu décidé après des années de réflexion ?

Je pense que je n’aurais jamais pensé à quitter la France si je n’étais pas devenue mère. Ma décision a été prise en mars 2015 après une discussion avec une connaissance qui habite en Uruguay. Ma fille avait alors 15 mois et j’en avais assez de me sentir incomprise dans mes choix éducatifs. Cette personne m’a dit que tout était possible à partir du moment où on le voulait vraiment. Elle m’a donnée des conseils, elle m’a expliquée qu’un départ se préparait, qu’il fallait l’initier et que la suite suivrait (ou pas) mais qu’il fallait se donner les moyens pour y arriver plutôt que de rester au même endroit à lutter en permanence contre ses valeurs.

4. Étais-ce un choix de découvrir d’autres horizons ou étais-ce devenue une nécessité de partir de la France

Me concernant, les deux vont ensemble. Parce que c’était devenu une nécessité, j’ai fait le choix de partir.

5. Comment ont réagis tes proches à cette annonce ?

Avec le recul je pense que mes proches n’ont pas compris les raisons de mon départ. Et je pense que beaucoup ne comprennent toujours pas pourquoi je suis partie de Paris où j’avais une situation plutôt agréable en apparence. Je n’ai pas eu le sentiment que mes proches aient été heureux pour moi. Je pense que certains ont même pu se sentir abandonnés et cela a dû être douloureux pour eux. D’autres ont pu penser que je rejetais mon pays d’origine alors que je suivais juste mes convictions personnelles. Je ne pensais pas que mon choix de vie pouvait à ce point affecter la vie des autres.

6. Quels fut tes premiers sentiments à ton arrivée en Suède ?

J’ai tout de suite appréciéla Suède, ses habitants si souriants, son climat rude et intense, sa culture si particulière dans laquelle il faut s’immerger totalement pour pouvoir la comprendre vraiment. J’ai aussi ressenti beaucoup d’apaisement parce que je me sentais davantage en phase avec mes valeurs et surtout il y avait tant de nouvelles choses à découvrir ! C’était tout à la fois effrayant et excitant.

7. Avec le recul penses-tu avoir pris la bonne décision ? Aurais-tu fait les choses différemment ?

Avec le recul, je sais que j’ai clairement pris la bonne décision pour ma famille mais aussi pour moi. Il y a des jours plus difficiles que d’autres mais je ne regrette rien. Je ne vois pas comment j’aurais pu faire différemment.

8. Dans cette aventure quel est le moment qui t’as le plus marqué ?

Plusieurs choses m’ont marquée et me marquent encore. Tout d’abord, j’ai été marquée par la découverte de l’altérité : en découvrant l’autre sous un autre angle, à travers notamment sa culture, j’ai aussi pris conscience de qui j’étais. J’ai beaucoup gagné en connaissance de moi-même. Le temps de l’expatriation est un temps de la réflexion et de l’introspection. Il faut apprendre à faire preuve de patience car tout prend énormément de temps. On est aussi confronté à l’incompréhension et au sentiment de se sentir limité à cause de la langue. Il faut faire preuve d’inventivité pour exister autrement. On apprend beaucoup sur soi-même et sur les autres.

J’ai rencontré des personnes venant du monde entier et j’ai gagné en tolérance. Il faut arriver à se décentrer pour comprendre l’autre.J’ai grandi durant ce temps hors de France et je ne pense pas que j’aurais pu vivre autant de moments aussi forts si j’étais restée chez moi dans ma petite routine parisienne.

J’ai encore le souvenir d’un road trip avec une amie suisse allemande et un copain originaire du Kansas aux États-Unis. Tous deux photographes de profession mais sans voiture m’avaient demandé de les conduire dans une mine désaffectée au fin fond du Värmland pour pouvoir prendre quelques photos de l’endroit. Dans la voiture, nous avions parlé un mélange d’anglais et de suédois et avions beaucoup ri de la manière dont nous percevions nos cultures réciproques. Nous avions passé une journée improbable dans un lieu incroyable et cette expédition totalement incongrue m’avait beaucoup plu. Comment aurais-je pu vivre ce moment en étant restée à Paris ? Pour ce qui est de l’aspect moins positif, j’ai aussi été marquée par l’abandon et par le décalage que je pouvais ressentir avec mes proches restés en France.

@lucieaupaysdeslutins

9. Ton pire souvenir, ta pire galère ?

Le premier retour en France, un an après mon installation en Suède. Je pensais retrouver mes proches avec beaucoup de joie et j’ai eu droit en réalité à beaucoup de reproches. A cela on ajoute les grèves de l’époque qui ont fait que nous avons mis plus de 16 heures pour parcourir 2300 kilomètres en avion avec, à l’arrivée, la pollution parisienne qui provoque chez moi des crises d’asthme… pas évident.

Cela reste douloureux de vivre loin de ses racines même si on donne l’impression que tout va bien et que l’on vit une aventure formidable. On m’a en effet parfois renvoyée des choses pas très sympas quand je rentrais en France. Les gens n’imaginent pas ce que nous vivons et ne réalisent pas que nous parcourons des milliers de kilomètres pour les voir. Et une fois arrivés, il faut encore courir pour voir tout le monde dans un temps très restreint. Certains se plaignent encore que nous n’en fassions pas suffisamment ou bien ne font pas l’effort de se déplacer jusqu’à nous. Leur vie continue sans nous et nous ne faisons plus partie de leur quotidien. Le retour est une sorte de choc culturel inversé. 

Nous avons besoin d’un temps d’adaptation pour retrouver nos marques et cela se passerait d’autant mieux pour tout le monde si cela pouvait se faire dans la douceur car, au final, nous voulons tous la même chose : nous retrouver et partager un bon moment ensemble !

@lucieaupaysdeslutins

10. Recommandes-tu l’expatriation ? Des conseils ?

Je ne sais pas si je peux me dire « expatriée » car je ne fréquente aucun Français au quotidien hormis ma famille. J’ai plutôt le sentiment d’être une immigrée parmi tant d’autres. C’est en tous cas ce qu’on me fait aussi ressentir au quotidien.

Quoi qu’il en soit, je recommande à tout le monde de vivre l’expérience du départ. Cela permet de sortir de sa zone de confort, de gagner en tolérance et de se découvrir des ressources d’adaptation infinies. Pour ceux qui partent parce qu’ils en ont marre, cela permet d’apprécier de nouveau certains aspects de la France et de réaliser à quel point nous avons de la chance, notamment pour ce qui est de la gastronomie, de l’offre culturelle et du système de santé ! L’expérience peut néanmoins être déstabilisante et je conseillerai à tout le monde de ne pas rester seul et de s’entourer car il y aura des moments de doute même si le choix de partir était évident.

Un dernier conseil : toujours garder en tête que rien n’est définitif, que chacun est libre de ses choix et qu’il est toujours possible de rentrer si on ne se plait pas dans cette nouvelle vie.

Je remercie Mathilde pour son témoignage et j’espère qu’elle vous aura donnée envie de partir à la découverte de la Suède !

Vous pouvez suivre ses aventures sur les réseaux suivants : 
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